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19 septembre 2017

Un coureur, un destin (3) : Jules Ladoumègue, la belle foulée brisée par la fédération…

A la fin des années 20, Jules Ladoumègue est le sportif français le plus populaire. Recordman du monde du 1500 m et du mile, « Julot » est une star de l’athlétisme et sa longue foulée est légendaire. Mais le règlement archaïque de l’amateurisme va briser ses ailes de Mercure. 

Il faut dire qu’il allie toutes les qualités que les français aiment chez un champion. Un palmarès, certes, car il est devenu, depuis sa deuxième place sur 1500 m aux Jeux Olympiques de 1928, le meilleur coureur de demi-fond du monde et détient tous les records du monde entre un et deux kilomètres. Mais aussi du style : sa foulée immense et déliée, suscite l’admiration des foules et l’enthousiasme des plumes. En plus, Julot est un sportif issu du peuple, et populaire. Il est aimable, même si son caractère anxieux fait qu’il devient peu sociable à l’approche des courses importantes, humble et attachant.

Du pauvre orphelin au grand champion

Son histoire personnelle vient encore plus faire aimer le champion qu’il est devenu : son père est mort juste avant sa naissance, en décembre 1906, dans un terrible accident de dockers, écrasé par un conteneur alors qu’il tentait de porter secours à ses camarades ; sa mère périt quelques jours après la venue au monde de Jules, dans l’incendie de leur maison. Seul le petit orphelin a survécu.
Jules Ladoumègue est donc le champion du peuple, et la foule le lui rend bien. Recueilli par un oncle, il doit subvenir à ses besoins dès l’âge de douze ans, où il devient apprenti jardinier dans les environs de Bordeaux. Mais il a tout de même des distractions : c’est grâce aux œuvres patronales qu’il découvre l’athlétisme. Sa foulée, souple et d’une longueur exceptionnelle, fait tout de suite sensation.

Licencié à « l’Union bordelaise », au sein de la fédération des patronages, il s’aligne à ses débuts sur de nombreuses courses locales, notamment sur route. Les prix et même les primes y sont autorisées, ce qui tombe bien pour le jeune homme pauvre.
Mais en 1926, il « rachète » sa licence à la fédération Française d’athlétisme, l’organisme officiel du sport olympique pour entamer sa véritable carrière d’athlète. Il devient pour la première fois international la même année, sur le 5000m.

De Bordeaux à Paris, Jules Ladoumègue progresse vite. Après son service militaire à Joinville, il reste à Paris. Il est entraîné par le meilleur spécialiste de l’époque en France, Charles Poulenard. Celui-ci le fait « descendre » sur 1500 m où sa longue foulée et sa vitesse font merveille. Jules devient vite la star des pistes.
Sa progression est tellement rapide qu’il se présente en favori du 1500 m aux jeux d’Amsterdam en 1928. Sans doute par manque d’expérience, il se fait surprendre au sprint par le finlandais Larva. C’est tout de même une médaille d’argent et Julot a pris rendez-vous pour dans quatre ans.

Recordman du monde

Après les jeux, Ladoumègue devient carrément imbattable. Il s’empare des records du monde du 1000m, du 1500m, du 2000m. Sur le 1500, il est également le premier coureur du monde à courir le 1500 m en moins de 3 minutes 50.

Enfin, il améliore aussi le record du monde du mile, à Paris, sur le stade Jean Bouin, en 4mn 9 1/5.
Mais si l’étoile de Jules Ladoumegue brille au firmament du sport français et que Julot est l’idole des classes populaires, le destin va rattraper le petit orphelin.

Sacrifié sur l’autel de l’amateurisme

L’affaire Ladoumègue éclate brusquement. Les dirigeants de la FFA sont alors très attachés aux « valeurs » du sport amateur. Or Jules Ladoumègue, symbole du sportif venu des classes populaires, a touché quelques menues primes à ses débuts, et reste soupçonné d’en avoir accepté d’autres sur quelques meetings. Ce qui aujourd’hui paraît tout à fait normal, surtout pour un champion aussi populaire, ne l’est pas à l’époque.
Ladoumègue est convoqué pour s’expliquer devant les cadres de la fédération le 1931. Hélas, il part pour le tournage d’un film sur son record du monde du mile et son train est annulé. Il ne peut prévenir de son absence.

La sanction est immédiate : il est disqualifié à vie. Il ne pourra donc être sur la piste des Jeux Olympiques de Los Angeles l’année suivante, où la victoire lui semblait promise. L’autre star du demi-fond de l’époque, le finlandais Paavo Nurmi, subissait le même sort. Les deux hommes se rencontreront juste après leur disqualification dans un émouvant face à face.
Si ce débat entre amateurisme et professionnalisme semble aujourd’hui bien désuet, il a donc briser des carrières et des vies.

Requalifié trop tard

Jules Ladoumegue sera finalement requalifié en 1943. Il a toujours maintenu un entraînement intensif, participant à de nombreuses exhibitions après sa disqualification. Il couru dans un cirque, contre des animaux, en URSS… Mais le ressort est brisé. Julot, qui disait « les coureurs sont comme des chiens, ils ne vivent pas assez longtemps », restera très affecté par sa disgrâce.
Il multiplie, après sa carrière “professionnelle”, les galas et devient un journaliste de radio respecté. Dans ce touchant documentaire des années 50, on voit un Ladoumègue encore en grande forme et toujours très attaché aux vraies valeurs de son sport :

Malgré cette foulée qu’il cultivera jusque sur le tard, il est sans doute un être blessé jusqu’à sa mort, qui intervient en 1966, des suites d’un cancer du pancréas. Mais sa foulée restera à jamais une des plus belles de l’histoire.

 

 

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