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5 septembre 2017

Un coureur, un destin (2) : Joseph Guillemot, la tête de cochon !

La France ne compte qu’un seul champion olympique du 5 000 mètres. C’est Joseph Guillemot qui obtint ce titre en 1920 à Anvers. Une ligne de palmarès qui cache un athlète au caractère peu commun !

Joseph Guillemot a certes surtout laissé, dans l’histoire, une ligne sur le palmarès olympique. Au bout d’un 5000 mètres dont il n’était pas vraiment le favori, malgré ses succès en cross-country notamment les années précédentes, il déborde le légendaire finlandais Paavo Nurmi, alors au début de son immense carrière. L’écart à l’arrivée, trois secondes, révèle la marge avec laquelle le petit limousin enlève ce 5000 m. Son sprint fut sec, étourdissant!

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https://www.youtube.com/watch?v=f3rwH5ddNkU

 

Un entraînement léger et des gitanes

Pourtant, on ne peut pas dire que Guillemot soit un furieux de l’entraînement. Non, Joseph, c’est une certaine vision du sport, très « belle époque ». Le sport pour lui, c’était important mais pas forcément crucial. On est très loin de l’engagement total de ses rivaux finlandais, qui avaient déjà fait un grand pas en matière d’entraînement et d’hygiène de vie. Non, Guillemot, dont le talent avait été remarqué lors de son service militaire, compte surtout sur son talent et sur son fameux « mauvais caractère » pour triompher. Le grand entraîneur français de l’époque, Charles Poulenard, fustigeait son manque de constance.

Le récit de sa course est d’ailleurs plutôt amusant et des plus surprenants selon nos critères modernes : quelques minutes avant la course, Joseph grille sa dernière gitane! Il se sent un peu tendu : c’est avec bonheur et soulagement qu’il voit un ami de l’équipe de France lui tendre un sucre imbibé de rhum juste avant le départ : cela le détend!

Rescapé de la grande guerre

On peut dire que la méthode ne semble pas si mauvaise, puisque donc Joseph remporte le titre en 14’53 », un temps de classe mondiale à l’époque. D’autant plus remarquable si l’on tient compte du fait que Guillemot souffre d’une atrophie d’un poumon consécutif à une attaque au gaz moutarde subi dans les tranchées. C’est un rescapé.

Vainqueur du national de cross en 1923.

C’est d’ailleurs sa « capacité vitale », c’est à dire le volume d’air capables d’emmagasiner ses poumons (on disait comme ça à l’époque) qui avait été remarqué lors de ses premiers succès militaires et mesuré. A l’occasion de ces test, on s’aperçoit également qu’il possède la particularité d’avoir le coeur du côté droit! Son petit gabarit (1m60), relativement puissant (54 kilos) et sa poitrine courte mais developpée faisait le reste. Un gabarit d’ailleurs très proche de certains des meilleurs coureurs actuels (Gebresellassie par exemple) qui faisait donc merveille, même après un gazage en bon et due forme !

Une histoire de chaussures

Quelques jours plus tard, Guillemot doit s’incliner face à Nurmi sur 10 000 mètres. Cette fois-ci, sa préparation d’avant-course tient carrément du film burlesque : il est prévenu que la course doit avoir lieu dans une heure alors qu’il déjeune tranquillement (et un bon repas!). Joseph n’a en effet pas été prévenu que pour convenance du roi des Belges, la course a été avancée de trois heures par rapport à l’horaire initial. Il interrompt son déjeuner, doit sauter dans une voiture pour rejoindre le stade. Mais avant cela, il fait un crochet par sa chambre du village olympique pour prendre ses affaires, et là stupeur : il ne trouve plus ses pointes, qu’un plaisantin lui a caché. Il finit par s’en faire prêter une paire par un coéquipier : elle est trop grande de deux pointures!

Finalement, c’est à la dernière minute qu’il se présente au stade, en ayant rafistolé avec de l’adhésif ses « nouvelles » chaussures. Il a en effet enroulé du scotch autour pour qu’elles puissent lui tenir aux pieds.

Qu’à cela ne tienne, Guillemot tient encore tête au finlandais jusqu’au dernier tour. Finalement, fatigué et gêné par sa digestion et ses chaussures, il doit cette fois s’incliner de peu. Mais il aura marqué de son empreinte ces jeux olympiques.

La « tête de cochon »

Son caractère, c’est à la fois un joyeux drille et un cabochard, lui vaudra autant ses succès que ses déboires. Après les Jeux, il s’illustre encore brillamment les années suivantes, en remportant plusieurs fois le cross des nations (les championnats du monde de l’époque) ou en elevant plusieurs titres de champion… d’Angleterre, ce qui n’était pas rien non plus.

Mais Joseph se brouille avec les dirigeants de la fédération française et rate, pour cette raison, la fête des Jeux Olympiques de Paris. Il aime d’ailleurs courir, lors de ces dernières compétitions, avec une tête de cochon hilare brodé sur son maillot!

Il se retirera des stades en 1926. Sans doute sa mésaventure de la première guerre le rattrappa t elle lorsqu’il fut atteint d’un cancer du poumon. Il en décédera en 1975.

 

 

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