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Une foulée pour l'histoire.

26 juillet 2017

Un coureur, un destin (épisode 1) : L’étrange cas du Docteur Peltzer

Certains destins d’athlètes sont particulièrement tragiques ou fascinants. Otto Peltzer, le meilleur athlète allemand des années 20, fut d’abord une star du sport avant d’être déporté par les nazis pour son homosexualité. Il termina sa vie en coachant des athlètes indiens, à l’autre bout du monde. 

Otto Peltzer

La vie d’Otto Peltzer est sans doute l’un des plus poignants romans tragiques qu’a pu produire la course à pied. De champion à déporté, d’athlète admiré à paria, de solitaire à entraîneur écouté, le « bizarre Otto », comme l’avaient surnommé dès ses débuts ses compagnons de club, n’aura pas eu un destin commun. Et pas non plus une vie facile.

Un enfant fragile

Pourtant, c’est dans une famille plutôt bourgeoise et sans histoire de l’Allemagne du Nord qu’il est né, en 1900.
Rien ne semblait le predisposait à l’athlétisme : c’est un enfant fragile, on lui diagnostique même une insuffisance cardiaque. Souvent malade, il développe une personnalité solitaire, se refugiant dans la lecture et les rêves.

Un athlète précurseur.

Mais à l’adolescence, tout change. Otto va mieux et se découvre un vrai talent athlétique. Malgré sa maigreur, il court beaucoup plus vite que ses camarades et remporte même des concours de lancers!
Dès lors, il se passionne pour le sport et n’a qu’une obsession : améliorer ses capacités physiques. Pour cela, il s’astreint à un entraînement sévère et calibré, fait également attention à son alimentation et son hygiène de vie. À l’époque, ce n’est pas si courant.
Les résultats arrivent vite. En 1922, il obtient son premier titre national. Plus qu’investi dans son sport, il fait le voyage en Finlande pour rencontrer et prendre conseil auprès de la star de l’époque, Paavo Nurmi. Il est aussi adepte de séances de renforcement musculaire en salle et de massages.
Cet entraînement, plutôt révolutionnaire à l’époque, porte ses fruits. En 1926, lors d’une rencontre historique, il bat Douglas Lowe, le champion olympique du 800 m et enpoche son premier record du monde. Mieux encore : quelques semaines plus tard, il remporte un 1500 m réunissant notamment Nurmi, alors recordman du monde, et son grand rival suédois Wide. Record du monde à la clé là aussi.
Celui qui, après des études brillantes (il obtient un doctorat) se tourne vers l’enseignement sans jamais se détourner du sport, est au firmament de l’athlétisme mondial.
Record du monde du 800 m en 1926.

Record du monde du 800 m en 1926.

Quand le destin bascule

Mais le destin de ce personnage hors-norme ne devait pas rester aussi rose. Après un nouveau record du monde sur 1000 m en 1927, il se présente en favori lors des prochains jeux olympiques, organisés à Amsterdam en 1928 où l’Allemagne est à nouveau autorisée à concourir. Mais il se casse un orteil peu avant et voit son rêve olympique s’envoler..
Les années qui suivent seront encore bien plus sombres. En 1933, Hitler est nommé chancelier et le régime nazi commence. C’est son orientation sexuelle – Otto Peltzer est homosexuel- qui lui vaudra ses pires ennuis. Au départ, le régime nazi est plutôt bienveillant avec les homosexuels. Mais en 1934, après la « nuit des longs couteaux », où les Sections d’Assauts, un corps d’élite du régime « concurrent » des SS mais dont de nombreux membres et dirigeants sont homosexuels, sont exterminés, tout change. L’homosexualité est désormais un crime, passible d’emprisonnement. Peltzer est dénoncé puis arrêté.
Grâce à des appuis allemands et internationaux, il est relâché six mois plus tard. Commence alors une longue errance qui le voit fuir vers le Danemark, la Finlande puis la Suède. Il y brigue, sans grand succès dans cette époque troublée, des postes d’entraîneur et de professeur.
Une foulée pour l'histoire.

Une foulée pour l’histoire.

Déporté puis mis à l’écart

En 1941, il commet l’erreur de rentrer en Allemagne, se pensant protégé. Il est directement arrêté et déporté dans un des pires camps de concentration. Ce sera le dernier camp libéré.
Très faible, il survivra néanmoins après qu’on lui ai retiré 1,5 litres d’eau des poumons, à la suite d’une pleuresie non soignée.
Après la guerre, il reprend ses activités de coach. Mais pas pour longtemps : l’Allemagne de l’après-guerre condamne toujours l’homosexualité comme un crime. Peltzer est soupçonné d’attouchements sur un athlète, ou plutôt dénoncé par des entraîneurs jaloux. En 1956, menacé d’être à nouveau arrêté, il préfère quitter le pays à l’occasion des jeux de Melbourne, où il est le correspondant d’un magazine de sport.
Il restera dans l’hémisphère sud. Au début, il cherche des postes d’entraîneur dans différentes fédérations : mais il est à chaque fois débouté car ses ennemis en Allemagne ont envoyé des courriers aux différentes ambassades. Petzler y est présenté comme un dangereux pervers doublé d’un agent communiste!

Le plus grand entraîneur que l’Inde ait connu…

Las, c’est finalement en Inde que cet éternel solitaire va poser sa valise. Et c’est peut être là qu’il vivra ses heures les plus fameuses.
Il trouve, après avoir exercé des boulots temporaires, un emploi au stade national de New Dehli. Là, il commence à entraîner des athlètes locaux. Sa rigueur, sa passion et ses connaissances de la course ne tardent pas à porter ses fruits. Celui qui vit très pauvrement, au point que certains de ces athlètes lui portent du pain et du lait, forment des athlètes performants. À la stupéfaction de l’équipe d’Allemagne, qui un jour de 1962 vient tranquillement affronter une équipe indienne réputée faible lors d’une rencontre internationale d’athlétisme. L’Inde sortira vainqueur de cette confrontation. Et c’est à leur entraîneur, un allemand de 62 ans, que ces athlètes doivent sans doute leur victoire.
Petzler sera ainsi à l’origine de la meilleure génération d’athlètes indiens. Certains atteindront les finales olympiques en 1964, ce qui ne s’étaient jamais produit.
Respecté par ses élèves, le Doc Peltzer devra rentrer en Allemagne pour des problèmes de santé en 1968, avant de décéder, lors d’un meeting où il avait invité son meilleur élève indien sur 1500m, en 1970.
À New Dehli, plusieurs événement sportifs annuels portent désormais son nom. En Allemagne, la fédération l’a tardivement réhabilité, en créant la « médaille Otto Peltzer », décernée à des athlètes ayant fait preuve de bravoure et de performances malgré un climat social contraire et d’oeuvres de solidarité. « Otto the strange » peut reposer en paix.
Plus d’informations (en anglais) sur cet excellent article du Guardian :

 

 

 

 

 

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