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Yuki Kawauchi

7 février 2017

Yuki Kawauchi: un citoyen ordinaire défiant les pros du marathon

Yuki Kawauchi est un coureur extraordinaire : il est capable d’enchaîner des semi et des marathons à des allures impressionnantes, semaines après semaines. Ce japonais de 30 ans détient ainsi le record du nombre de marathon couru en moins de 2h16′ et même en moins de 2h12 ou même 2h20 ! Le tout, en travaillant à temps plein comme fonctionnaire dans un lycée !

Yuki Kawauchi

Yuki Kawauchi (photo Kawaguchi)

 

Au Japon, la course de fond est un sport très important. Au même titre ou presque que les arts martiaux traditionnels, le marathon et l’Ekiden (ces relais sur route organisés à travers le pays) font partie de la culture du pays. Les coureurs de fond professionnels et universitaires sont particulièrement bien placés dans de bonnes conditions pour s’entraîner au mieux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce que font ces coureurs professionnels qui exercent leur métier et l’entraînement au sein des équipes universitaires et d’entreprises, est très, très dur. Même si cela fait longtemps que les coureurs japonais n’ont pas vraiment brillé lors des grands rendez-vous internationaux, la densité des performances de très bon niveau y est incroyable : ainsi, sur certains semi-marathons, on compte plus de 300 coureurs en moins de 1h10′, un niveau qui en France permet de gagner quelques courses…

 

 

 

Un amateur au milieu des pros

Pourtant, ces dernières années, la star du marathon japonais n’est pas issu du sérail université-entreprise et présente un profil atypique: Yuki Kawauchi est fonctionnaire, et coureur amateur. Si Kawauchi est devenu l’idole des foules japonaises, et énerve aussi beaucoup certains de ses rivaux, c’est qu’il mène sa carrière d’une façon bien particulière : un entraînement certes dur, mais qui doit trouver sa place dans le temps libre que lui laisse sa profession, et des courses chaque week-end ou presque!

Kawauchi sur le marathon de Fukuoka en 2013. Une fin de course de folie!

Des épreuves qu’il termine dans des temps plus que respectables, avec une régularité hallucinante: ainsi, lors du marathon de Hofu Yumioiri le 16 décembre dernier, il devenait le premier marathonien au monde à terminer cinquante marathons en moins de 2h16, grâce à sa 3e place en 2h12’45 », qui faisait suite à une autre podium conquis en moins de 2h10′ à Fukuoka, deux semaines plus tôt!

Il est aussi l’auteur de 40 marathons courus sous la barrière des 2h14‘, trente-quatre sous 2h13 et même 10 chronos sous les 2h10‘ ! Qui dit mieux? Personne dans cette catégorie de collectionneur super rapides!

Une méthode personnelle

Son entraînement est donc conditionné par son statut de travailleur « normal ». Il est moins imposant que celui de la plupart des coureurs de haut-niveau japonais, mais on peut facilement deviner que Yuki concentre une bonne partie de son temps libre à courir. Ainsi, quatre matins par semaine, il court de 18 à 20 kilomètres, dans un parc proche de chez lui, avant d’aller travailler au lycée. Le soir, il s’adonne à la musculation avec un équipement de fortune, dans sa chambre. Il travaille sa vitesse une seule fois par semaine apparemment, le mercredi. Mais il profite surtout du week-end pour augmenter son kilomètrage : il n’hésite pas à sortir quatre à sept heures en courant sur les sentiers de montagne, mais le plus souvent il s’aligne sur des courses pour parfaire son rythme. Sans doute aussi parce qu’il aime ça.

Vice champion d’Asie (derrière un kenyan naturalisé Bahreini…) en 2014. 

Boulimique de compétitions

Si sa boulimie de compétition l’a peut-être privé d’une sélection olympique, on peut dire que son rendement reste impressionnant : ainsi, en 2014 il s’est aligné sur 13 marathons, 14 semis, un 50 kilomètres, deux 30 kms, un 20 kms et un 10 miles et il n’a pas ralenti le rythme depuis… On le voit même parfois se présenter au départ d’un 1500 m sur piste ! Néanmoins cette débauche d’efforts très soutenus accomplis à des rythmes dingues ne semble guère le freiner : si son record personnel de 2h08′ 14″ date de 2013, il l’a encore approché cet hiver en terminant en 2h09’11 » à Fukuoka, après une période de relative méforme.

Si sa vitesse de base n’est pas des plus impressionnante (13’58 » sur 5000 m) on peut légitimement se demander ce que ce forçat des routes serait capable de réaliser sur 100 kilomètres, tant son record sur 50 kilomètres est impressionnant (2h44′!). Bref, en suivant son propre chemin, ce qui est tout à fait exceptionnel au Japon, Yuki Kawauchi est en train d’accomplir une carrière peu commune et de se bâtir une vraie légende. Celle d’un citoyen ordinaire défiant les pros du marathon.

La nouvelle star du marathon japonais

Car son immense popularité tient aussi dans cette position peu commune de coureur amateur réalisant des performances de niveau professionnel. Son simple maillot aux couleurs de la préfecture de Saitama, son employeur mais qui ne lui verse aucun salaire pour courir, détonne au milieu des tenues siglées de sponsors des autres coureurs internationaux. Qu’un « coureur citoyen lambda », employé à temps plein puisse un jour faire partie de l’équipe nationale de marathon, cela paraissait de la science-fiction au Japon jusqu’à Kawauchi.

Comme un personnage de Manga

Au pays des coureurs d’entreprises, encadrés par un système rigoureux et rigides, qui alignent certes moins de compétitions que Yuki mais avalent deux fois plus de kilomètres à l’entraînement, un tel OVNI était impensable. A part peut-être dans l’imagination d’un auteur de manga dédié au marathon. Cela tombe bien, l’employé de préfecture dévore tout ce qui est consacré à la discipline en bande-dessinée : il est sans doute le plus grand collectionneur de mangas dédiés au marathon! Et comme les héros de ces pages, il court sans complexes, à fond et en poursuivant son but personnel.

Une méthode personnelle qui fait donc jazer le milieu conservateur de la course de fond nipponne, voire même au-delà tant cette débauche de compétitions peut paraître inconsidérée. Mais une méthode qui lui convient et qui fait ses preuves. Lui, l’enfant doué pour la course mais qui avait raté les tests d’entrée des grandes équipes universitaires et n’avait pas plus convaincu les recruteurs des teams d’entreprise, a largement pris sa revanche. Une bonne dose de travail et d’acharnement lui a certes était nécessaire pour passer d’un relativement modeste 2h 19 en 2009 à la 3e place du marathon de Tokyo deux ans plus tard en 2h08′. Une énorme combativité en course, très visible dans son style et son visage expressif qui révèlent un effort total lors de ses grandes courses, également.

A la dure

Il faut dire que dès l’âge de sept ans sa mère, ayant repéré ses qualités athlétiques, lui faisait courir tous les jours le même parcours d’un kilomètre et demi avec pour objectif de battre son meilleur temps. Lorsque le jeune Yuki était trop lent, elle le punissait avec 1 ou 2 tours supplémentaires en fonction du retard. Parfois, il devait même rentrer à pied… Un traitement qui ferait sans doute appeler les services sociaux chez nous mais qui au Japon est plutôt bien vu. Cela a en tous cas forgé le caractère du marathonien, qui a su trouver sa propre méthode après l’université pour « courir pour le plaisir ».

9000 dollars pour un billet d’avion!

Un plaisir qui le guide donc à écumer les courses du Japon et du monde entier, puisque Yuki aime découvrir de nouveaux horizons grâce au marathon pour accomplir son rêve de « pèlerinage marathonien » à travers la planète. Une volonté de courir inébranlable, qui l’a vu aussi terminer 6e à New York ou bien gagner à Zurich. Le tout en partant juste pour le week-end entre deux vols, afin d’être à son poste le lundi bien évidemment.

Une dernière anecdote pour mieux cerner ce personnage, d’abord discret mais souriant: en 2013, à la fin du mois de janvier, il est invité par les organisateurs du marathon de Luxor, en Egypte. Etourdi, il oublie son passeport et doit laisser partir son avion à l’aéroport. Qu’importe, pour honorer l’invitation il débourse 9000 USD, soit le quart de son salaire annuel, afin d’acheter un billet de dernière minute et arriver à temps au départ. Il gagnera la course en 2h12, explosant le record du parcours.

On est sûr de suivre encore longtemps ce personnage extraordinaire, qui a annoncé qu’il ne briguerai plus de sélection internationale après 2017 mais qui se voit continuer à courir aussi fort pendant encore de longues années!

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