Close

Latest Posts

Stay up to date with all our latest news and launches. Only the best quality makes it onto our blog!
Emile Zatopek.

4 avril 2017

Le kilométrage idéal : un dilemme éternel !

La notion de kilométrage est centrale dans de nombreux plans d’entraînement et la question revient éternellement : « Est-ce que je cours assez de kilomètres pour bien préparer mon objectif ?  » . Eléments de réponse en observant le haut-niveau.

Kilométrage, « mileage » pour les anglo-saxons, « bornage » pour les vieux routiers, la notion de quantité de distance abbatue chaque jour, chaque semaine et chaque mois alimente de nombreux débats sur l’entraînement.

Kilomètrage

Le kilomètrage hebdomadaire reste un dilemme (photo Kalenji)

 

L’exemple de Chauvelier

Un article publié récemment par nos confrères de Spe15 revenait sur le programme d’entraînement de Dominique Chauvelier à l’approche du marathon de Tokyo en 1991.

Le quadruple champion de France de la discipline, qui reste une figure majeure du paysage de la course à pied en France, y révèle un programme basé sur un kilométrage très, très copieux.
Ce plan d’entraînement, très révélateur de la conception du haut-niveau de l’époque, comptait des semaines à plus de 240 kilomètres. À sa lecture, la sempiternelle question de la quantité idéale de kilomètres parcourus revient immanquablement à l’esprit.

Le kilométrage dans l’histoire de l’entraînement : plusieurs écoles.

Cette question du kilométrage idéal, de la bonne dose entre quantité et qualité à l’entraînement, fut l’objet d’intenses discussions des les débuts de la course de fond.
Les finlandais, qui dominèrent le demi-fond mondial avant la deuxième guerre mondiale, avaient plutôt tendance à privilégier les longues courses en nature. Le fameux entraîneur suédois Goesta Ollander était lui aussi partisant de courses longues, d’un kilométrage relativement important même si il misait aussi sur le travail des changements de rythme et la vitesse, le tout travaillé en nature, sur des parcours aux profils variés. C’est l’invention du fartleck.

Gunder Hägg, le premier sous les 14 minutes au 5000 m, élève d’Olander. 
L’autre grande figure de l’entraînement de l’avant-guerre, l’allemand Woldemar Gerschler , « inventeur » du fameux coureur de 800 m , reste comme le premier théoricien de l’entraînement « fractionné ». Son crédo : des intervalles courus sur la piste, selon un rythme très précis. De la qualité, peu de kilomètres relativement, pour développer la VO2 max et la vitesse.
Rudolph Harbig, le premier élève de Gershler, recordman du monde du 800 en 1939.

Rudolph Harbig, le premier élève de Gershler, recordman du monde du 800 en 1939.

Ce type de programme reste la base suivie par de très nombreux coachs, notamment dans l’école du demi-fond américain, où la densité de performance reste impressionnante.
On relève encore que si Olander a sans doute inspiré la plupart des grands coureurs de fond de l’histoire, les purs adeptes de la méthode Gerschler sont restés davantage des coureurs de demi-fond courts, 800 au 3000 m.
Dans les nombreux soubressauts de l’histoire de l’athlétisme, on retiendra aussi que Zatopeck, immense coureur autodidacte de l’entraînement, fit en quelques sortes la synthèse des deux en s’imposant à la fois des interminables séances sur pistes et des fractionnés en nature tout aussi gigantesques.
Ce stakahnoviste de l’entraînement s’envoyait ainsi des séances de 40 kilomètres quotidiens, en fractionné ! Dans sa foulée, la plupart des grands spécialistes, notamment d’Europe de l’est, des années 50 et 60, s’entraînaient comme des forcenés du kilomètrage, associé à un rythme très, très élevé. Si les chronos progressèrent vite à cette période, ce ne fût pas sans quelques dégâts collatéraux. Les anglais, eux, s’entraînaient moins et visaient davantage la vitesse.
Emile Zatopek.

Emile Zatopek.

Ces kilomètrages très importants eurent un écho constant jusque dans les années 80, au moins. Le physiologiste allemand Ernst Van Aaken fut un trublion remarqué dans les années 60 et 70, avec sa méthode basée sur un très important kilomètrage, jusqu’à 300 kilomètres par semaine, mais couru à allure très facile, mis à part un travail très ciblé et restreint sur la vitesse de course et le sprint. Son « meilleur élève », l’allemand Harald Norporth, vice-champion olympique du 5000 en 1964, possédait d’ailleurs un finish dévastateur.
Enfin, c’est aussi dans ces années là que le très fameux Arthur Lydiard, néo-zélandais à l’origine de bien des succès dans son pays puis en Finlande, bâtit son « marathon system training », basé sur une distance hebdomadaire bien plus faible, 100 miles, c’est à dire 160 kilomètres, mais courue à des allures très variées en fonction du niveau et de l’objectif de l’athlètes. Cela reste une référence essentielle aujourd’hui.

La tendance actuelle : la qualité dans la quantité !

D’ailleurs, si certains ne manqueront pas de signaler que le niveau de performance d’un Chauvelier lui permettrai d’être encore sur le devant de la scène nationale aujourd’hui, la tendance générale suivie par les coureurs de haut-niveau depuis a plutôt était vers un moindre kilométrage mais davantage d’intensité.
On note pourtant que les kilomètres engrangés par les spécialistes Kenyans et les Japonais, sérieux candidats pour le marathon, restent encore impressionnants. Les derniers cités s’envoient par exemple régulièrement des semaines à près de 300 kilomètres… Ceux ne sont certes plus tout à fait les meilleurs du monde, mais ils restent performants. A noter que le plus en vue d’entre eux, l’inclassable Yuki Kawauchi, s’entraîne moins, beaucoup moins même (entre 100 et 130 kilomètres par semaine) mais avec une intensité chaque week-end impressionnante ! Bref, on en finirait pas d’alimenter le débat.
Yuki Kawauchi

Yuki Kawauchi (photo Kawaguchi)

Le kilomètrage idéal pour vous.

Mais au-delà des performances de pointe du très haut niveau international, ce kilomètrage hebdomadaire reste une question que n’importe quel coureur se pose. « Est-ce que je cours assez, ou trop, ou trop vite ? ».

La réponse, comme pour le haut-niveau, est à la fois simple et complexe. Si vous n’abbatez pas une certaine quantité d’entraînement, vous ne serez sans doute pas capable de tenir vos objectifs, surtout si ils sont ambitieux. A l’inverse, courir trop, engranger les kilomètres pour « faire de la distance », n’est sans doute pas le meilleur moyen de les obtenir. Egalement, vous devrez être capable de déterminer si un entraînement intensif en fractionné vous convient et ne vous fatigue pas trop. Votre propre physiologie ainsi que vos conditions de vies seront déterminantes.

Chaque cas est ainsi unique, alors « connaissez-vous vous-même » pour connaître votre « ni trop, ni trop peu! »

Cet article vous fait réagir? Laissez un commentaire: